L’IA, c’est comme une voiture de course qu’on peut conduire sans permis. Puissant, grisant… mais on peut aller droit dans le mur. Il ne faut pas freiner l'innovation, mais il faut apprendre à conduire. - Ludovic Menuge
Dans ce deuxième épisode du podcast KEL IMPACT, on s’attaque à un sujet qui intrigue autant qu’il divise : l’intégration de l’intelligence artificielle en entreprise.
Pour en parler sans tabou, autour du micro, quatre voix de KAIZEN Solutions se sont réunies : Alice DUFOUR (responsable QHSE), Marie FOUGERE (responsable de projets data et RGPD), Luc DEMENET (RSMSI) et Ludovic MENUGE (directeur des opérations).
Tous ont participé à une Task Force IA interne, réunissant des collaborateurs de différents services, lancée pour expérimenter et comprendre les usages de l’IA… sans précipitation ni effet de mode.
Pour aller au-delà des impressions, nous avons réalisé un sondage interne auprès de notre Task Force dont les résultats, partagés dans une infographie (pdf téléchargeable), révèlent comment chacun vit et perçoit cette transformation.
Une Task Force pour explorer, comprendre… et lever les tabous
Il y a chez certain une honte à dire qu’on utilise l’IA. - Ludovic Menuge
Tout part d’un constat : l’IA s’impose dans les usages professionnels, mais souvent en cachette. Il nous fallait nous faire une conviction et comprendre un peu ce qu'il en était de la montée en puissance de l’IA au sein des organisations. D’où l’idée de KAIZEN : constituer une Task Force avec des collaborateurs de métiers variés (marketing, communication, RH, QHSE, DSI…) pour expérimenter librement l’usage de ChatGPT avec une licence entreprise.
La consigne était simple : garder l’outil ouvert pendant un mois et ne pas y injecter de données sensibles ou stratégiques. L’objectif : voir les usages concrets émerger… naturellement.
50 cas d’usage, des bénéfices clairs
J’ai gagné du temps sans avoir besoin d’un expert. - Marie Fougère
Les cas d’usage recensés ? Une cinquantaine. Beaucoup tournent autour de la rédaction, de la recherche d’idées, de la synthèse de documents complexes (lois, réglementations, droit social), mais aussi de la veille stratégique, de la configuration d’outils, de l’analyse d’image…
Marie a même demandé à ChatGPT de l’aider à remplir les trous de son agenda Outlook avec des créneaux de préparation pour toutes les réunions qu’elle avait de prévues et cela, à partir de captures d’écran. Luc cite aussi l’aide apportée pour formuler des scénarios de risque avec des cas plus concrets ou rédiger un quiz RGPD humoristique.
IA = gain de productivité… et montée des inquiétudes
« 93 % ont vu des bénéfices. 77 % ont quand même des craintes. »
Paradoxalement, plus les usages progressent, plus les doutes émergent. L’IA va-t-elle remplacer certains métiers ? Réduire les opportunités pour les jeunes diplômés ? Rendre certaines compétences obsolètes ?
Marie rassure : « Vis-à-vis de mon métier, l’IA me donne plus de travail. Aujourd'hui l'apparition des outils d’IA en entreprise, ouvre beaucoup de questions, beaucoup d'interrogations. Il faut encadrer, sensibiliser, gouverner. »
Luc confirme : « Elle ne remplacera jamais l’analyse humaine dans un audit. »
Mais tous s’accordent : le rythme est vertigineux. Ludovic souligne la complexité pour la DSI : choix technologiques, sécurité, ROI… rien n’est encore figé. L’écosystème est extrêmement vaste à appréhender, et il semble difficile d’imaginer qu’une machine puisse remplacer l’expertise humaine sur un sujet aussi complexe.
Peut-on vraiment faire confiance à l'IA aujourd’hui, dans un contexte pro ?
Non, on ne peut pas lui faire une confiance aveugle. - Marie Fougère
ChatGPT peut être imprécis, voire faux. Il cite parfois des articles de loi erronés ou abrogés, invente des références ou se laisse manipuler par des requêtes malveillantes. La vigilance est de mise, surtout pour les profils juniors : « Il faut avoir du recul, ou de la rigueur, pour compenser. »
Et même si la qualité syntaxique est bluffante, le fond reste discutable : « Un texte généré sans réappropriation, ça se voit. » Un parallèle est fait avec les débuts de Google Translate en entreprise : c’est pratique, mais mal utilisé, ça nuit à la crédibilité.
L’IA va-t-elle tuer la créativité humaine ?
La question divise autant qu’elle intrigue : l’IA risque-t-elle de tuer la créativité ? Pour certains, la réponse est claire : non. Elle ne la tue pas, elle la révèle différemment. Loin d’être créative par elle-même, l’intelligence artificielle se contente de générer à partir des données qu’elle connaît. Ce qui fait la différence, c’est le prompt : « C’est l’utilisateur qui est créatif, pas ChatGPT. On parle d’IA générative, pas d’IA créative. »
Le terme de copilote revient alors comme le plus juste pour qualifier son rôle.
Mais un doute subsiste : est-ce encore "du vrai travail" si l’idée de départ vient d’une requête à l’IA ? La satisfaction n’est pas la même, avoue l’un des participants, surtout quand on compare à l’époque où les idées devaient venir « de la tête, tout court ».
D'autres soulignent une inquiétude plus profonde : des compétences qui mettaient des années à être acquises, comme l’écriture ou la structuration d’un argumentaire, sont désormais accessibles en quelques clics. Dès lors, que valent encore ces compétences ?
Pourtant, un consensus émerge : un contenu généré sans relecture ni réappropriation se reconnaît immédiatement.
Révolution ou transformation ?
« C’est comme le T9 sur nos Nokia 3310. Pas une révolution. Un accélérateur. »
L’IA ne réinvente pas tout. Elle accélère, complète, reformule, mais ne remplace pas la pensée métier. Pour certains, elle libère du temps pour des tâches à plus forte valeur ajoutée. Pour d’autres, elle risque d’augmenter la charge.
Et l’exemple de la calculatrice revient : avant, on demandait aux comptables d’être forts en calcul mental. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout un critère.
Le vrai sujet : gouvernance et encadrement. Faut-il une charte d’usage ?
« Ignorer, c’est ouvrir la porte au shadow IT. »
Seulement 9 % des entreprises ont une charte IA. On est au tout début d’une gouvernance qui reste à construire.
Pour les intervenants, c’est insuffisant. Il faut sensibiliser, former, structurer, contrôler. L’IA doit apparaître dans les registres de traitement RGPD, être encadrée par des processus clairs.
Et surtout, dit Ludovic : « Ce n’est plus une option. Il faut prendre en main ce sujet. Vraiment. »
Progrès ou piège ?
«
Ça dépend de ce qu’on en fait. »
Chacun conclut à sa manière. Luc y voit
un levier, à condition qu’il soit maîtrisé. Pour Marie, ça dépend de ce qu'on décide de faire de ce gain de productivité.
Ludovic compare l’IA à une voiture de course qu’on peut conduire sans permis : grisant, impressionnant, mais potentiellement dangereux. Il souligne que les collaborateurs, laissés libres d’explorer, ont été forces de proposition : « Ils ont presque créé les usages eux-mêmes. » Mais cette liberté ne peut aller sans cadre : il faut apprendre à conduire, autrement dit former, encadrer, sensibiliser pour éviter les sorties de route.
Et tous s’accordent :
l’IA est un enjeu de société. L’ignorer serait une erreur. Mais la piloter… est une responsabilité collective.
De véritables enjeux qui dépassent la technique… seront sûrement explorés dans un prochain épisode !
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